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Préface à l’ouvrage de Michel Nazet, La géopolitique pour tous

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Pourquoi est-il utile de revenir à la géopolitique en dépassant les controverses que ce terme a naguère inspiré? Parce que les croyances des européens, depuis l’après guerre, mais plus encore depuis la fin de l’URSS et l’entrée dans le monde «global» leur ont rendu ce monde inintelligible. Les européens d’aujourd’hui sont très informés, et même bombardés d’informations. Mais comme ils ont vraiment cru à la «communauté» internationale, au dépassement des nations, à l’effectivité du droit international, aux Nations «Unies» et encore et toujours, à une sorte de supériorité morale européenne intrinsèque ils sont déboussolés par l’état réel du monde et par la façon dont l’histoire se poursuit, avec le jeu des puissances à la fois eternel et nouveau, et la monté spectaculaire des émergents, ce dont le G20 est le symbole. Les occidentaux n’ont plus le monopole du pouvoir, sur tous les plans, ni les européens celui de la morale.

Et c’est là où il est indispensable de revenir à la réalité internationale, et donc à la géopolitique et à l’étude des puissances, de leurs conceptions, de leur politique et de leur stratégie. Analyse que l’on avait cru dépassée et superflue après la fin de l’URSS, mais qui va se poursuivre, y compris au sein du G20.

Impossible de comprendre les mécanismes mondiaux réels si l’on s’en tient aux mots-valises les plus communément employés («la communauté internationale», «l’Europe», «la méditerranée», «l’ONU»…), à des simples agrégats économiques, à des flux «transnationaux» et à la fiction d’un monde décidemment post national, homogénéisé par la révolution numérique. Impossible aussi si l’on ne dépasse pas résolument l’euro-centrisme où même l’occidentalo-centrisme.

C’est pourquoi la très solide analyse de Michel Nazet est précieuse. Son livre qui est à la fois un manuel, et un essai, met en évidence de façon très claire le nouveau cadre politique et économique issu de la mondialisation et les vrais centres de décision. Même contestés les Etats sont toujours là: «l’Etat-nation reste au cœur du jeu international». Les autres acteurs, non étatiques, se sont développés et ont même proliféré, sans supplanter les premiers. Ils ont leur logique propre.


Tout cela s’enchevêtre dans une compétition générale multipolaire, multilatérale, multiforme, aux acteurs et aux théâtres multiples. Elle pourra être canalisée dans des coopérations, mais aussi tourner à des confrontations, du fait des pénuries agraires, énergétiques, ou autres. L’approche de Michel Nazet, textes, titres, encadrés est très éclairante sur toutes ces questions. Son analyse des principales régions du monde, de l’Europe, mais aussi toutes les autres, est également très utile, et parfaitement à jour.


En résumé le travail de Michel Nazet s’inscrit avec force dans la reconstruction en cours d’un nouveau réalisme européen, absolument nécessaire après une vingtaine d’années d’illusions chimériques. Sans cette lucidité informée et argumentée, les européens échoueront à faire de l’Europe un vrai pôle, à préserver leurs intérêts et leurs valeurs, et à influencer utilement l’évolution du reste du monde. C’est dire l’enjeu, et l’utilité de ce livre pour des étudiants, des enseignants, des chercheurs, pour les responsables politiques ou pour toute personne curieuse de l’état réel du monde et soucieuse de l’avenir de l’Europe.

Hubert Védrine

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