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Continuer l’Histoire

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FAYARD

Lien éditeur

Dans ce bref essai, Hubert Védrine poursuit son analyse du monde depuis la chute du mur de Berlin.

Pour lui, les Occidentaux ont cru trop vite qu’ils avaient gagné la bataille de l’Histoire et que leurs «valeurs» allaient s’imposer partout. Depuis les grandes illusions des années 1990, les Américains ont été saisis par l’esprit de puissance, les Européens par l’ingénuité. En lieu et place d’une «communauté internationale», c’est un monde dur, instable et inquiétant qui apparaît, et le fameux «monde multipolaire» risque de se faire sans nous.

Face à ces défis, Hubert Védrine préconise de rompre avec cette «Irrealpolitik» stérile, de prendre conscience des nouveaux enjeux, de refonder le réalisme et une politique étrangère efficace; mais cela suppose une France qui retrouve confiance en elle et une Europe qui sache ce qu’elle veut.

  Edition arabe + préface

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AN NAHAR

Préface à la traduction en arabe de «Continuer l’Histoire».



«CONTINUER L’HISTOIRE»

Préface à l’édition arabe





Je suis très heureux grâce à mon ami Ghassan Tuéni, et au groupe An Nahar, de pouvoir m’adresser à des lecteurs arabophones. Ceux-ci ne trouveront pas dans les pages de ce petit livre un exposé académique, ni un tour d’horizon des questions diplomatiques pendantes: Proche-Orient, Irak, Iran, etc… Mais une réflexion plus générale, alimentée par près de trente ans de voyages, de contacts, de responsabilités et de négociations internationales. Mes positions surprendront certains. Elles sont inhabituelles pour un français qui a dirigé pendant cinq ans la diplomatie de son pays: j’estime que les occidentaux – les américains et les européens –ont surestimé et mal évalué la signification et les suites de leur «victoire» sur l’Union Soviétique. A partir de là, ils se sont persuadés que leur conception de la démocratie et de l’économie de marché, les valeurs occidentales, donc forcément universelles, allaient se répandre dans le monde entier et que les derniers récalcitrants seraient obligés de s’y plier de gré ou de force. Cette conception, cette «irréalpolitik», a pris deux formes très différentes: chez les américains, l’hubris, la croyance dans leur mission, dans leur suprématie, dans leur nécessaire supériorité politique et militaire; chez les européens, la croyance dans la «communauté internationale», l’ONU, le droit international, la prévention des conflits, le «soft power», les discours sur les «droits de l’homme» érigés en panacée diplomatique etc… La première échoue spectaculairement en Irak. La seconde montre partout ses limites et sa piètre efficacité.


Pendant ce temps-là l’histoire continue. Les Etats-Unis de Georges W. Bush persévèrent dans leurs errements et créent des faits accomplis, bons ou mauvais, surtout au Moyen-Orient. D’immense pays, Chine et autres, émergent et prennent une place croissante sans rien demander à personne. Au sein de l’Islam ou du monde occidental, de petites minorités œuvrent par fanatisme ou inculture, par calcul ou maladresse, au «clash». Les immenses espérances placées dans le droit international, une gouvernance mondiale, la «régulation» de la mondialisation ou le multilatéralisme, notamment par le monde arabe, sont évidemment déçues. Entre autres parce que les états -qui sont les irremplaçables constituants du système international- ont été affaiblis depuis plus de deux décennies par l’économie globale de marché financiarisée, les gauchismes anti-étatique, l’alter mondialisme, les communautarismes, la croyance dans la «société civile» comme substitut.

Certains signes montrent cependant que cette vogue s’épuise et que l’on redécouvre qu’il n’y a pas d’ordre mondial sans états, je veux dire des états modernes, forts et capables. Sans un sursaut de lucidité, et de réalisme sur le monde tel qu’il est, et d’ambition, je crains que les européens ne parviennent pas à constituer un pôle suffisamment fort dans ce monde multipolaire en formation concurrentielle et qu’ils ne deviennent les spectateurs de la suite de l’histoire entre les États-Unis et la Chine, le Japon, la Russie, l’Inde et quelques autres. Perspective inacceptable. Encore faudrait-il pour inverser cette tendance que, surmontant leurs divergences, les européens se mettent d’accord sur l’identité, les limites, et le degré d’intégration de l’Europe et sur un rôle plus actif de celle-ci dans le monde,
-l’Europe puissance- et qu’ils consacrent leur énergie à de nouvelles politiques communes, à de nouveaux projets. Mon petit livre vise à provoquer une clarification sur ces sujets et une réaction constructive.

Puis-je écrire ici, franchement dans un esprit fraternel et amical que après déjà «Un siècle pour rien» (1) le monde arabe qui globalement a tant de mal, pour les nombreuses raisons que l’on sait, à surmonter ses problèmes, à se moderniser, à se démocratiser, à rassembler ses forces, à peser sur les événements mondiaux, risque aussi de rester marginalisé. Et qu’il ne sert à rien d’en rendre responsables des bourcs-émissaires, ni d’en appeler à un rôle accru de l’Europe tant que celle-ci n’est pas résolue à se transformer en puissance, ni au respect du droit international quand il n’y a pas de moyen pour l’imposer. Et que, au-delà de ce que réussissent quelques émirats qui tirent brillamment leur épingle du jeu, le monde arabe dans son entier aurait intérêt, lui aussi, à se penser comme un pôle influent du monde de demain et à se préparer en conséquence.

J’espère que mes nombreux amis arabes qui oeuvrent à la modernisation de leurs pays trouveront ici des éléments utiles pour leur réflexion et que le monde arabe trouvera en lui-même la force de ce sursaut, et de cette modernisation, ce qui est impossible sans un diagnostic préalable lucide.

Le monde a besoin d’un monde arabe fort qui, ayant jugulé ses extrémistes et retrouvé confiance en lui, entamerait sa transformation et redonnerai espoir à ses populations. Il serait ainsi logique que, quand l’accord se fera enfin sur l’élargissement du conseil de sécurité à l’Allemagne, au Japon, à l’Inde, à un pays latino-américain et à un pays africain, le monde arabe y dispose d’un siège, si l’on veut que ce conseil élargi soit représentatif de notre monde, et donc plus légitime et plus efficace.






Hubert Védrine
Paris, le 2 mai 2007



(1) : Bilan désabusé de Ghassan Tuéni, Jean Lacouture et Gérard Khoury, chez Albin Michel, en 2002

  Edition espagnole

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Icaria Editorial

Lien éditeur

Continuar la historia y el Informe para el presidente de la República sobre Francia y la globalización son fruto de la experiencia, de los viajes y de las reflexiones de Hubert Védrine. A pesar de las diferencias, los desafíos que la globalización plantea a España y a Francia son comparables en muchos sentidos.

En Continuar la historia, el autor considera que la historia prosigue con sus retos. Ante la emergencia de un mundo multipolar, los occidentales defenderán mal sus intereses y valores si se basan en la irrealpolitik, en la que llevan 20 años inspirándose. Demasiado belicista por el lado de Marte (Estados Unidos), demasiado ingenua por el lado de Venus (Europa). Al examinar las bases realistas de un mundo mejor, Védrine subraya las expectativas en Europa con respecto a la futura administración de EE UU y se afana en definir lo que sería una Europa «que supiera por fin quién es y qué quiere». Europa debe asumir su conversión en un polo regulador de la globalización salvaje en una relación de partenariado con EE UU, donde éste renunciaría a su dominio y los europeos a su irresponsabilidad. Juntos, deberán inventar una smart realpolitik para gestionar las nuevas relaciones con los países emergentes, y la metamorfosis de una economía depredadora en un crecimiento ecológico.

  Edition japonaise

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SOSHISHA

Version japonaise

Je suis très heureux de l’occasion qui m’est fournie par la maison d’édition Shoshi Sha d’être traduit et publié en japonais et de pouvoir ainsi être lu par des japonais qui s’intéressent aux relations internationales qui se nouent dans le nouveau contexte du monde global en crise.

Ce livre est d’abord le fruit de mon expérience: dix-neuf ans au cœur du pouvoir en France de 1981 à 2002, dont quatorze ans auprès du président Mitterrand et cinq ans à la tête de la diplomatie française sous la présidence de Jacques Chirac, dans le gouvernement Jospin. Depuis lors, comme consultant, analyste, enseignant ou président de l’Institut Mitterrand, j’ai gardé en permanence un contact étroit avec les responsables français et étrangers comme avec les think tanks.

Cet ouvrage est aussi le résultat des réflexions que j’ai mené en parallèle au fil de ces années, à travers divers articles et livres. Celui-ci, Continuer l’histoire, est le plus récent. Il vient d’être, en 2008, traduit en américain sous le titre «History strikes back» et en espagnol.

Le coeur de mon analyse est la suivante: les «occidentaux», c’est à dire les européens et les américains, se sont fait des illusions après l’effondrement de l’Union Soviétique et ils vont être obligés de devenir plus réalistes. Les américains ont cru être, plus encore qu’en 1945, les maîtres du «nouvel ordre international». Pour eux l’histoire était finie, faute de combattants. L’économie de marché dérégulée, la démocratie et les droits de l’homme allaient s’étendre au monde entier sous leur leadership bienveillant. Les européens, plus ingénus, ont même cru à l’avènement d’une idyllique «communauté internationale». C’était irréaliste, en tout cas prématuré. C’est ce que j’ai appelé «l’irrealpolitik». Les uns et les autres se sont trompés. Cette irrealpolitik, caricaturale avec G. Bush et D. Cheney, a montré ses limites et ses méfaits. Et la bonne volonté européenne, sa faible efficacité. En fait l’histoire n’était pas finie. Elle se poursuit et s’accélère même avec la crise, sur une planète où les différences de puissance, de richesses et de croyances, et donc les antagonismes, sont plus forts que jamais.

Au lieu du monde unipolaire et homogène qui avait semblé surgir dans les années 90, à partir de l’effondrement de l’URSS, c’est un monde multipolaire instable et concurrentiel qui s’affirme par à-coups, événement après événement, crise économique inclue. On peut débattre de l’importance et du nombre de ces pôles. Mais le fait est là: les occidentaux n’ont plus le quasi monopole de la puissance qu’ils ont exercé depuis le 16ème siècle. Ils vont rester longtemps encore les plus riches et les plus puissants. Mais cette puissance n’est déjà plus absolue; elle sera de plus en plus relative. C’est un changement extraordinaire. Qu’il s’agisse de «hard» power, de «soft» power et même, avec Obama, de «smart» power, les Etats-Unis devront compter avec les autres pôles de civilisation et de puissance, comme avec les nombreuses puissances émergentes ou réémergentes qui vont s’imposer dans le jeu. Il sera de plus en plus difficile aux occidentaux -même aux Etats-Unis- d’imposer quoique ce soit. Tout devra être négocié. Il est significatif que quand il s’agit de redonner des règles à une économie globale de marché qui était devenue purement financière, spéculative et irresponsable, c’est un G20 que l’on met sur pied. Pas trois dirigeants comme ceux qui avaient décidé du sort du monde après la première guerre mondiale. Ni deux puissances (Etats-Unis et Grande-Bretagne) comme à Bretton Woods. Ni même le G7/G8. Non: vingt puissances ou institutions, donc un G20. Comme le soulignent Brent Scowcroft et Zbigniew Brzezinski, respectivement ancien conseiller pour la sécurité nationale de G. Bush senior et de J. Carter, dans leur passionnant débat arbitré par David Ignatius, «America and the world», c’est la première fois dans l’histoire du monde que tous les peuples sont politiquement actifs, ce qui ne va pas rester sans effet.


Le monde multipolaire, c’est la vraie fin de l’après-guerre. Les relations entre les différents pôles ne seront plus structurées uniquement par les décisions de 1945 et d’après. Les continents vont bouger, d’où l’intérêt pour les européens, comme me semble-t-il pour les Japonais, de réfléchir à ces mouvements. Les pôles principaux –Etats-Unis, Chine, Japon, Inde, Russie, Europe– vont-ils évoluer séparément? L’alliance Etats-Unis – Europe va-t-elle se renforcer ou se distendre? Le Japon pourra-t-il toujours compter sur l’alliance stratégique avec les Etats-Unis? Mais ceux-ci ne vont-ils pas à un moment donné être obligés pour des raisons économiques de donner la priorité à leur relation avec la Chine? Au point de constituer un nouveau système bipolaire? (je n’y crois pas mais beaucoup se posent la question) Le Japon disposerait-il alors d’une politique de rechange ou en tout cas complémentaire? La relation Chine-Japon peut-elle se muer un jour en une véritable entente stratégique? A quelles conditions? Finalement quelle nouvelle configuration de sécurité va prévaloir en Asie de l’Est et dans le Pacifique? L’Inde serait en droit de se poser, à un moindre degré, de telles questions. Et bien sûr d’autres questions se posent concernant les orientations possibles de la Russie, les mutations du monde arabe, les perspectives pour l’Afrique, le positionnement de l’Amérique latine. La restauration du leadership américain par Barack Obama sera réelle mais relative. En Asie, même si tous les protagonistes trouvent un certain intérêt au maintien d’une présence américaine ou s’en accomodent pour le moment, les Etats-Unis devront plus tenir compte des nouveaux rapports de force régionaux et de la dynamique des relations et de la coopération des grands Etats asiatiques entre eux qu’au cours des soixante dernières années.


Il me semble que le Japon – membre du G7, et donc du G20, candidat à un poste de membre permanent au conseil de sécurité, deuxième économie du monde, détenteur d’une des quatre grandes monnaies du monde - ne pourra pas faire l’impasse sur ces questions d’avenir. Comment se voit-il? Comme le pivot asiatique de l’ensemble stratégique occidental? Comme un pôle en soi, spécifique? Comme un des éléments clefs d’un système nouveau Asie/Pacifique? Que veut-il? Il devra en tout cas s’interroger sur ses relations avec les Etats-Unis, -qui demeurent pour lui l’axe stratégique-, en fonction de l’évolution possible de la politique américaine envers Moscou, Beijing ou Delhi. Des hypothèses très différentes sont à prendre en considération, en intégrant toutes les données de la géopolitique comme les bons et les mauvais effets de la mondialisation.


Des échanges entre l’Europe et le Japon sur ces questions et à propos de ces perspectives, pourraient être d’un grand intérêt mutuel. Les sujets ne manquent pas: les conséquences stratégiques des bouleversements en cours, les questions globales – pénuries énergétiques, menaces écologiques – qui ne peuvent être traitées efficacement que collectivement, l’aide au développement, les relations avec l’Amérique latine ou l’Afrique, la démographie, la sortie de la crise, les nouvelles règles de prudence et de bon sens à imposer aux acteurs économiques et financiers, les leçons à tirer de la crise japonaise des années 1992-2002, l’avenir de l’industrie dans les pays développés, la combinaison de certaines protections et du libre échange, la mutation écologique de l’économie, etc…

Mais pour que ce dialogue soit fructueux, encore faut il que l’Europe et le Japon surmontent une certaine «inhibition stratégique» qui les fait hésiter à penser le monde comme des puissances globales. C’est pourtant ce qu’elles sont, de facto. Elles doivent l’admettre et l’assumer, sur tous les plans. La France qui se cherche dans la mondialisation et à laquelle je consacre un chapitre du livre, ne peut que trouver un intérêt particulier à un tel échange.



Au moment où tous les pays du monde vivent la première grande crise mondiale de l’interdépendance globale qui remet brutalement en cause les certitudes et les dogmes les mieux établies des vingt dernières années, il y a certainement là matière à réflexion commune et à échanges entre la France – et les autres européens – et le Japon. J’espère que ce livre y contribuera.

Pour toute demande de rendez-vous, contactez le bureau de Monsieur Védrine à l'adresse suivante : bureau.hv(at)hvconseil.com