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Face à l’hyperpuissance

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EDITIONS FAYARD - 383 pages

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Dans cet ouvrage sont regroupés en trois périodes diverses des articles et interviews d’Hubert Védrine étalés sur sept ans: entre l’Elysée et le ministère des Affaires étrangères, 1995-1997; au ministère de 1997 à 2002; pendant les quatorze premiers mois après les Affaires étrangères, 2002-2003.
Toutes les questions théoriques et opérationnelles concernant les relations internationales et la politique de la France dans cette période sont abordées.

1995-1996

La télévision hystérise le monde politique
Les contraintes du pouvoir moderne
Dissuasion élargie ou europénne
«Une dissuasion européenne suppose un président européen»
Jeu de go mortel
Ex-Yougoslavie: «l’Europe doit se déculpabiliser»
«Un fondateur plus qu’un martyr»
Partenaires…?
Droits de l’homme: les leçons de l’histoire
Hutus et Tutsis, à chacun son pays!
La chance de l’Europe
L’euro, une chance historique
Défense: l’Europe sous tutelle
Mitterrand et l’Allemagne: la véritable histoire
Mitterrand-Kohl: le roman d’une amitié
France: le piano ou le tabouret?

Au ministère des Affaires Etrangères 1997-2002


Allocution à la Conférence des ambassadeurs
Entretien avec Jeune Afrique
Entretien avec Le Nouvel Observateur
Les «zones grises» de la diplomatie
Les diplomates-écrivains, traits d’union entre deux mondes
Genèse d’une guerre
Vers une Europe à «géométrie variable»
Séminaire en Inde sur le monde multipolaire
Réponse à Joschka Fischer sur la construction européenne
Morale et relations internationales
Sur la démocratie
Refonder la politique étrangère française
Nous ne sommes pas une puissance moyenne!
La diplomatie au service de la démocratie
New world challenges: the French vision
Relations internationales repenser les concepts, réinventer les methodes
Un tour d’horizon
Israéliens, Palestiniens, il faut bouger!
«Le védrinisme existe-t-il?»

2002-2003
«Il faut nous positionner face aux Etats-Unis»
Only the US can bring about peace in the Middle-East
Les leçons de l’échec de Camp David.
Proche-Orient: pour qu’une autre histoire commence
Un cri de raison passionné
Pour un Islam moderne
Comment nier le choc Islam/Occident?
De gauche dans la mondialisation
Le 11 septembre n’a pas révolutionné le monde
Le défi du déclin?
«Les Français sont les seuls à vouloir une Europe-puisssance»
Europe: avancer les yeux ouverts
Clarifier l’identité européenne
Allemagne-France: un moteur de l’UE…parmi d’autres
Allocution devant le congrès du Parti socialiste
Face à Georges Bush, trois propositions
Que faire avec l’hyperpuissance?

Préface

I

Les textes, articles ou entretiens que mon éditeur, Claude Durand, et moi avons rassemblés dans cet ouvrage traitent de l’actuelle métamorphose du monde: est-il, comme depuis toujours, un terrain d’affrontements, ou devient-il une communauté internationale? Qu’est-ce que les Etats-Unis vont faire de leur «hyperpuissance», et que pouvons-nous faire, nous, face à cette situation inédite? L’espérance toujours déçue, toujours renaissante au Proche Orient débouchera-t-elle un jour sur la paix? Devrons-nous exporter, ou imposer partout la démocratie? L’Occident et l’Islam parviendront-ils à un accord sur des valeurs universelles? Que peut, que doit faire la France face à ces questions, soit par elle-même, soit via l’Europe? Ces problèmes sont les nôtres. Ils n’ont cessé de gagner en intensité dans la période couverte par ces textes: 1995–2003. Trois textes portent par ailleurs sur les rapports médias – opinion – gouvernement, et sur l’avenir de la gauche après les élections de mai 2002.

Ces textes enjambant les bouleversements mondiaux des années 2000-2001, le lecteur doit se remémorer la vague d’optimisme provoquée auparavant dans les pays occidentaux par la chute du mur de Berlin en novembre 1989 et la dissolution de l’Union Soviétique à la fin 1991. Après les déceptions des deux après-guerres mondiales, un nouvel ordre international allait enfin s’instaurer autour des valeurs, désormais universellement reconnues, de la démocratie occidentale et de l’économie de marché. Ce large consensus allait même entraîner, selon certains, «la fin de l’Histoire», du moins sous sa forme tragique, faute de vrais désaccords et de motifs de conflits. Sortis de la paralysie, l’ONU et son Conseil de Sécurité allaient pouvoir jouer pleinement le rôle que leur avait conféré la Charte. Le lancement du processus d’Oslo permettait d’espérer une solution équitable au Proche Orient. De nouveaux intervenants, de plus en plus actifs sur la scène mondiale – médias, ONG, juges – , réduisaient d’autant, au bénéfice de la «société civile», l’emprise des Etats-nations jugés par la pensée dominante archaïques, égoïstes, crispés sur leurs prérogatives. Les tribunaux spéciaux créés par l’ONU, puis la Cour Pénale internationale, allaient faire disparaître l’impunité et prévenir de nouveaux crimes. Il ne resterait plus à la «communauté internationale» qu’à remettre dans le droit chemin quelques régimes totalitaires ou Etats «voyous» apparemment menaçants mais, en fait, marginaux et condamnés. Et à trouver, grâce aux grands sommets internationaux, aux miracles de la «nouvelle économie» et aux technologies de l’information, des solutions aux problèmes «globaux» tels que la correction des effets prédateurs du développement et la sauvegarde de l’environnement menacé, la réduction des écarts croissants de richesse, à fournir aux plus démunis un accès aux médicaments, à alléger le poids de la dette, à lutter contre la criminalité transnationale, à réduire le cumul des handicaps de l’Afrique. En septembre 2000, le sommet dit du «millénaire» proclamait la réduction par deux de la pauvreté d’ici 2015. Une «gouvernance» et une régulation mondiales allaient être mises en œuvre et, dans leur propre intérêt, les grandes entreprises s’autoréguleraient vertueusement. Dans le même temps, l’Union Européenne réussirait à la fois à s’élargir à vingt-cinq ou vingt-sept et à se métamorphoser en une Europe vraiment politique…

Ces aspirations sont sympathiques. Comment ne pas les partager? Pourtant, je n’ai jamais beaucoup cru à ce conte de fées avec lequel notre monde réel offre un contraste cruel. Moi aussi, je voudrais un monde plus juste. Mais dès 1995-97, dans divers articles ou interventions que l’on trouvera ci-après, mais surtout de juin 1997 à mai 2002 comme ministre des Affaires étrangères, puis après juin 2002, j’ai jugé plus honnête de ne pas souscrire aveuglément à ces espérances fragiles et trompeuses. Si j’ai dû parfois prendre le contre-pied de nouvelles croyances ou m’affranchir de tabous nouveaux, c’est parce que je recherchais l’efficacité de l’action à travers le réalisme de l’analyse Je pense que c’est une des tâches d’un ministre des Affaires étrangères que d’aider l’opinion à mieux comprendre les mécanismes et les vrais ressorts du monde. Sinon, comment agir sur lui? Ma franchise, mon refus des langues de bois, qu’elles soient politiques, diplomatiques ou moralistes, comme de la méthode Coué si usitée, m’ont valu quelquefois l’accusation de cynisme, car c’est un trait curieux de l’angélisme contemporain que de confondre lucidité et cynisme, deux formes de pensée bien distinctes. C’est plutôt l’illusion qui conduit à la désillusion et, par là, au cynisme au sens moderne du terme . Je m’en explique dans plusieurs des interventions reproduites ci-après.

Mais déjà au cours de ces années 1992-2000, si confiantes, alors qu’on croyait marcher d’un pas allègre vers la «communauté internationale», bien des signes avant-coureurs annonçaient les orages qui ont finalement éclaté. D’abord, il n’y a quasiment pas eu, au cours de cette presque décennie, de réunion mondiale, onusienne ou autre, qui n’ait vu resurgir, sous un consensus de surface, les clivages anciens, par exemple entre le Nord et le Sud, mais aussi tous ceux que la fin de la guerre froide avait libérés: clivages entre riches et pauvres, dominants et dominés, régimes autoritaires et démocratiques, et, plus gravement encore, entre les Occidentaux et les autres, en particulier entre l’Islam et l’Occident. Cela a été spectaculaire à Durban lors de la conférence de l’ONU contre le racisme. Cette réalité dérangeante est souvent niée, car l’idée du «choc des civilisations» fait peur. Mais l’antagonisme est bien là, alimenté de part et d’autre par le calcul de petits groupes sur fond de préjugés mutuels. Dans le monde arabo-musulman, un fanatisme nourri de l’interprétation la plus étroite et la plus obscurantiste de l’Islam, la plus haineuse envers tout ce qui est moderne et tout ce qui n’est pas conforme à la tradition sunnite, la plus belliqueuse aussi, tissait sa toile. Exploitant l’humiliation historique, la rancœur envers l’Occident et le désespoir social, elle recrutait de nombreux candidats au suicide et constituait une moderne et tentaculaire secte de hashishin qui allait bientôt stupéfier le monde. En face, dans le monde occidental, Amérique du Nord et Europe confondues, ubris et néo-colonialisme continuent de marquer, avec la peur ou l’agressivité, beaucoup d’attitudes envers l’Islam.

Dans le même temps, la mondialisation libérale commençait à être contestée par une fraction croissante de l’opinion dans les pays riches, y compris au sein des élites politiques, dans ses effets, ses institutions, ses représentants, ses symboles. Seattle et Gènes auront marqué les esprits; Porto Allegre et la recherche d’une (peut-être chimérique) «autre» mondialisation rencontraient d’autant plus d’échos que d’immenses forces de «dérégulation» poursuivaient imperturbablement leur œuvre, insensibles aux discours des hommes politiques sur la «régulation».

Pendant ce temps-là, les Etats-Unis devenaient, par KO de l’URSS et par leur phénoménale réussite, cette «hyperpuissance» que j’ai décrite en 1998 au cours d’un entretien dans Jeune Afrique. Ils disposaient dès lors sur le monde de pouvoirs sans précédent ni équivalant, et, débarrassés de tout contrepoids, s’apprêtaient à rejeter ce sur-moi multilatéraliste qui les avait encore retenus, avec les Présidents George Herbert Bush et Bill Clinton, d’aller au bout de leur puissance nouvelle. Bientôt, l’»hyperpuissance», plus que jamais messianique et missionnaire, se sentirait débridée; un souverainisme radical et un unilatéralisme résolu submergeraient toutes les digues. Pour reprendre la belle expression de Stanley Hoffman, «désempêtré», Gulliver se déchaînerait. Pendant ce temps là, l’Europe évanescente, bavarde et bien intentionnée, absorbée par sa mue problématique en Europe politique, restait sourde et aveugle à ces orages qui couvaient, persuadée de vivre dans un monde post-tragique régi par le droit.

C’est dans ce contexte que se sont produits les événements bouleversants des années 2000-2003.

D’abord l’échec, in fine, fin janvier 2001, des négociations de paix israelo-palestino-américaines de Taba, les plus audacieuses, les plus courageuses jamais menées. Sans doute ont été dessinés là les contours de l’accord de paix tel qu’il finira par être imposé un jour aux protagonistes. Il faut du moins l’espérer. Pour que cela aboutisse alors, il aurait fallu que le Président Clinton, dont on ne peut sous-estimer, bien au contraire, les remarquables mérites dans cette tentative, se saisisse de ce dossier dès le lendemain de sa réélection ou, en tout cas, dès l’élection d’Ehud Barak sur un programme de paix, et non pas six mois avant la fin de son mandat. Mais il aurait aussi fallu que le Premier ministre israélien ne perde pas de longs mois à rechercher un illusoire accord avec la Syrie - le statu quo n’était pas si insupportable que Damas eût été pressé de conclure - dans l’espoir de «curiacer» le camp arabe; qu’il ne laisse pas péricliter la relation édifiée par Istzaak Rabin avec Yasser Arafat, ce que Léa Rabin lui reprocha; qu’il n’accepte pas trop tard une vraie négociation avec les Palestiniens. A Camp David encore, en août 2000, même si cette réunion arrachée à Clinton par Barak, soudain impatient, fut improvisée et mal préparée, tout restait possible. Mais Ehud Barak, inquiet de la popularité déjà menaçante d’Ariel Sharon, lança de Camp David, avant même l’échec de cette rencontre, l’accusation que Yasser Arafat bloquait seul toute avancée en refusant ses propositions «généreuses». Peu importe que cette présentation biaisée, qui avait pour objet de sauver les travaillistes de la défaite électorale annoncée, ait été depuis lors corrigée par des témoignages et des enquêtes sérieuses. Elle pèsera lourdement sur la suite, les droites israéliennes et américaines (et françaises) usant et abusant pendant au moins deux ans et demi de cette argumentation servie sur un plateau par un Premier ministre travailliste...

Du côté palestinien et arabe, il aurait fallu que Yasser Arafat cesse de tergiverser et de louvoyer, et réalise que la conjonction Clinton - Barak offrait une chance unique. Au lieu de quoi, j’ai entendu jusqu’à la fin 2000 des responsables palestiniens affirmer que Barak ne tenait de toute façon jamais ses promesses, que les démocrates américains soutenaient toujours les Israéliens - Gore plus encore que Clinton! -, et que cela ne pourrait qu’aller mieux avec une administration républicaine. Aveuglement tragique! Il aurait fallu également que les divers dirigeants palestiniens n’enfourchent pas la énième réaction de fureur de la population palestinienne désespérée à la énième provocation israélienne - dans le cas d’espèce, celle, habilement ajustée, d’Ariel Sharon sur l’Esplanade des Mosquées en septembre 2001 -, jusqu’à en faire une seconde Intifada en l’endossant et en l’amplifiant…

Si, en sus, les Saoudiens avaient eu, dès l’automne 2000, le courage d’annoncer, sur le règlement du conflit et la normalisation avec Israël, ce que le prince héritier Abdallah a finalement dit en 2002, nul doute que cela aurait aidé - ou obligé - Yasser Arafat, ainsi soutenu ou poussé, à répondre «oui mais», plutôt que «non».

Tout cela fait beaucoup de «si». En tout cas, fin 2000-début 2001, c’est, avec le processus de paix d’Oslo, une composante essentielle de l’optimisme des années 90 qui s’évanouit.

Compte tenu de ce qu’elle signifie et de ce qu’elle amplifie - car ce mouvement était entamé avant -, de ce qu’elle annonce et de ce qu’elle entraîne, l’élection de George Walker Bush à l’automne 2000 est l’événement majeur de la période. Certains s’en rendront compte dès les premiers mois de 2001, d’autres beaucoup plus tard: l’administration Bush II n’est au départ pas néo-conservatrice, comme ses inspirateurs aiment à se définir eux-mêmes, mais réactionnaire et contre-révolutionnaire. Elle ne veut pas conserver, mais prétend renverser les règles du vieux jeu internationaliste hérité de Wilson, de Roosevelt et de la Charte de l’ONU, «refermer la parenthèse du multilatéralisme», aux dires de ses membres les plus radicaux, même si ces règles ont été à l’origine d’inspiration américaine. Cette conception nouvelle contredit à un tel point toutes les croyances et les espérances placées dans le droit international et la fameuse «communauté internationale» - qui postulent une certaine égalité des droits entre les Etats et le refus du recours unilatéral à la force - que beaucoup d’Européens devront la voir (la guerre) pour y croire (à l’unilatéralisme) et commencer à en mesurer pleinement les conséquences.

Certains analystes datent du 11 septembre 2001 le moment où tout bascule. Ce n’est pas mon cas. Je ne sous estime pas le choc terrible pour les Américains qui se croyaient – et que les autres croyaient – invulnérables, même s’ils avaient bien dû accepter de vivre, depuis la fin des années 50, sous la menace constante des missiles nucléaires inter- continentaux soviétiques dans le cadre de la dissuasion mutuelle. Souffrance, terreur de cette fragilité révélée, déchirure de l’idée qu’ils se faisaient d’eux-mêmes, humiliation politique pour la première puissance mondiale, ainsi frappée par un adversaire sans visage. Il est probable que les autres peuples du monde - soit qu’ils soient trop exaspérés par l’hégémonie américaine pour passer de la compassion à l’égard des victimes à la compréhension de la politique américaine, soit qu’ils soient eux-mêmes relativement blasés face au terrorisme pour l’avoir subi et en avoir triomphé antérieurement -, aient sous-estimé ce traumatisme qui a répandu aux Etats-Unis une psychologie de guerre et révélé George W. Bush à lui-même. Mais tous les éléments de cette révolution conservatrice et unilatéraliste étaient déjà présents avant le 11 septembre: sans remonter aux signes annonciateurs de la fin des années 90, il suffit de se rappeler les premiers mois de 2001, les refus américains de Kyoto et de la Cour Pénale internationale, la sortie du traité ABM, l’abandon de plusieurs négociations multilatérales de désarmement, les décisions de réarmement, les prémices de la nouvelle doctrine de guerre préventive du Pentagone. Le 11 septembre aura été un détonateur déplacant au sein de l’administration Bush les équilibres au profit du groupe Rumsfeld-Wolfovitz-Perle, fournissant à la réalisation de leurs projets de longue date – unilatéralisme assumé, contournement de l’ONU, «wilsonisme botté» , renversement de Saddam Hussein,– à la fois un prétexte et une légitimation.

En même temps, la révélation, le 11 septembre 2001, de la capacité d’une nébuleuse islamiste mondiale à frapper au moyen de terroristes kamikazes toute cible sans exception, alimente une peur permanente, intensifiée par la «cocotte-minute» médiatique universelle. La recherche de la sécurité passe avant, voire efface toute autre considération. Les Etats-Unis estiment être en droit de décider seuls, sans aucune limitation extérieure d’aucune sorte, de ce qui doit être fait pour leur sécurité, y compris, préventivement, rechercher la supériorité militaire sur l’ensemble des autres, et même empêcher tout rival d’émerger. Ils s’estiment chargés de propager activement de par le monde les valeurs américaines de la démocratie et du marché. Ils assument tout cela sans aucune gêne, et même, avec Kristoll, Kagan et quelques autres, le théorisent non sans provocation. On a vu qu’ayant décidé l’éviction de Saddam Hussein, George W. Bush avait «généreusement» offert au Conseil de Sécurité de l’ONU l’occasion de montrer qu’il n’était pas irrevelant en ratifiant les décisions déjà prises par lui! Mais que, la majorité des voix requise n’ayant pu être rassemblée, notamment du fait de la France, le Président américain, qui avait prévenu qu’il irait avec ou sans l’ONU, a fait ce qu’il avait annoncé. Plusieurs mois plus tard, le monde abasourdi en est encore à mesurer pleinement ce que signifie cette affirmation de la caducité de l’idée multilatérale par le pays qui avait le plus fait pour l’installer dans les faits et les esprits.


II

Dans cette situation inédite, que faire? Cette interrogation n’est pas seulement la nôtre. Elle est d’abord celle de certains Américains qui se demandent, cinquante ans après que Raymond Aron a parlé de «République impériale», quoi faire de leur «hyperpuissance» désormais avouée. Quelle stratégie, quel projet pour leur supériorité militaire? Pourront - ils vraiment s’en tenir à une ligne aussi dominatrice, sans concession aucune, cantonner l’ONU dans un rôle marginal, affirmer leur droit à la guerre préventive, vouer aux gémonies la philosophie multilatéraliste, combattre l’émergence de tout autre pôle, fût-il allié? Certes, les Américains donnent carte blanche à leur président pour garantir ou rétablir tous azimuts leur sécurité, sans souci des règles ou des conventions internationales de toutes sortes, ni de l’opinion extérieure. Mais cela ne veut pas dire qu’ils soutiendront durablement une politique extrême à la Rumsfeld ou à la Wolfowitz. Les Américains pensent assurément que leur régime politique et leur mode de vie sont les meilleurs du monde. Ils peuvent être messianiques et manichéens. Cela ne les rend pas pour autant colonialistes ou impérialistes au sens où le furent les Britanniques ou les Français. S’ils se découvrent piégés en Irak dans une situation coloniale catastrophique sans issue prévisible, haïs et combattus comme occupants là où ils croyaient être des libérateurs aimés, harcelés par une guérilla sans soutien du reste du monde, ils peuvent se décourager. Que fera alors le président Bush qui, une fois engagé en Irak, n’a guère d’autre issue que persévérer, en tout cas jusqu’à l’automne 2004, sauf à perdre toutes chances d’être réélu? Le fait d’avoir instauré à la mi-juillet un Conseil de gouvernement irakien intérimaire est un premier pas politique, tardif, mais un vrai gouvernement est une nécessité urgente. Quant à la démocratisation promise, elle suppose, dans un Irak unitaire, d’accepter par avance le verdict de la majorité chiite, tout en agissant politiquement pour que cela ne se traduise pas automatiquement par une république islamique d’Irak. Et fédéraliser l’Irak pour éviter ce risque majoritaire peut le conduire à l’éclatement, inacceptable par la Turquie en raison de la question kurde. Il y a bel et bien un casse-tête irakien. Mais rien n’est joué.

La vitesse à laquelle les Etats-Unis devront admettre que même une hyperpuissance peut avoir besoin de plus petits que soi dépend beaucoup de ce qui va se passer en Mésopotamie. Mais chercher des supplétifs ou des renforts pour l’Irak, accepter de redonner un rôle aux Nations Unies, via une résolution consensuelle au Conseil de Sécurité pour obtenir une légitimité rétroactive et encadrer l’avenir de l’Irak – ce qui d’ailleurs ne réglerait pas par miracle la question politique irakienne- ne signifie pas jouer sincèrement le jeu multilatéral dans les rapports avec the rest, comme disent les Américains, c’est-à-dire le reste du monde, avec tout ce que cela comporte d’aléas... Les prochaines années ne seront pas du tout les mêmes selon que les Américains s’en tiendront , dans leurs rapports avec le monde extérieur, à leur souverainisme, à leur exceptionnalisme et à leur militarisme, ou qu’ils reviendront à l’idée que le monde étant vaste et compliqué, ils ont quand même besoin d’une politique étrangère, comme Henry Kissinger le leur rappelle régulièrement. Cela impliquerait une certaine aptitude à prendre en considération le point de vue des autres, à mieux tenir compte des situations locales, des sensibilités multilatérales et des aspirations multipolaires, et donc, dans certains cas, à renoncer au passage en force et à accepter un compromis. Félix Rohatyn, quant à lui, est clair: «la domination globale a un coût insupportable». Le sens dans lequel les Américains trancheront ce débat aura d’importantes conséquences pour nous.

Si nous étions assurés que les difficultés, voire une Berezina en Irak, ou l’élection d’un démocrate aux élections présidentielles de novembre 2004 entraîneront un complet changement de cap dans la politique américaine, la France pourrait se borner, ayant pris date, à attendre tout en capitalisant autant que possible la sympathie que lui a value, dans de nombreux pays, son opposition à la guerre en Irak. Seulement, rien n’est moins sûr. Cette sympathie peut être contrebalancée par d’autres sentiments ou d’autres intérêts, et l’unilatéralisme des Etats-Unis risque d’être durable, et ce, pour plusieurs raisons. Il traduit un rapport de forces qui ne se corrigera pas de sitôt. Il résulte d’une profonde révolution conservatrice des mentalités à l’œuvre depuis longtemps, que la personnalité du président Clinton a masquée pendant huit ans mais dont les signes s’accumulaient. Enfin, le 11 septembre l’a légitimée pour tout ce qui touche à la sécurité des Etats-Unis au sens le plus large du terme. Que les Etats-Unis aient intérêt à un meilleur burden sharing, (partage du fardeau), est évident. Qu’ils soient prêts au decision sharing (partage de la décision), rien ne le laisse prévoir. Même échaudés par l’Irak et moins aveuglés par leur puissance militaire, ils ne seraient pas pour autant ramenés à un vrai multilatéralisme.

Si le phénomène est durable, quelles options nous sont alors ouvertes? Nous pourrions estimer indispensable de nous y opposer systématiquement, même sans espérer un renversement rapide, en considérant que la négation par cette administration américaine de l’idée même de communauté internationale et de règles multilatérales est proprement inacceptable. Dans cette hypothèse, il est plusieurs façons de s’opposer, depuis la simple désapprobation de principe jusqu’à la mobilisation générale des opposants, en passant par la guérilla diplomatique. Si l’on choisit ces dernières options, il faut être capable de tenir bon aussi longtemps que nécessaire, y compris dans une certaine solitude, de ne pas être surpris par le prix à payer sur divers plans, et de rester soutenu par son opinion.

Une autre voie consisterait au contraire à chercher à influencer les Etats-Unis. C’est ce que Tony Blair, après d’autres Premiers ministres britanniques, a essayé de faire. Mais cela exige non seulement de coopérer avec les Etats-Unis - ce qui se justifie souvent-, mais d’approuver presque totalement la politique américaine, quelle qu’elle soit, en tout cas en public, sans être jamais sûr d’être entendu. Pendant la Seconde Guerre mondiale, même l’immense Churchill n’a pas eu d’influence réelle sur les grandes décisions stratégiques et militaires de Roosevelt. Aujourd’hui, peut-être Tony Blair pense-t-il que l’engagement louable du président Bush pour la création d’un Etat palestinien en 2005 est le résultat de son insistance, et qu’il a contribué à le convaincre qu’une solution honnête et viable au Proche Orient serait indispensable non seulement dans la lutte contre le terrorisme, mais aussi pour réussir en Irak? Les Européens, s’ils étaient d’accord entre eux, auraient-ils une réelle influence sur les Etats Unis? Les exemples du protocole de Kyoto ou de la Cour Pénale - où les Etats-Unis n’ont tenu aucun compte des positions unanimes des Européens - ne plaident pas dans ce sens, mais la démarche mérite d’être prise en considération.

Mais si influencer les Etats-Unis se révèle presque impossible dans les conditions actuelles, il faut alors, dans l’intérêt de l’équilibre du monde et peut-être même dans leur propre intérêt, modifier les rapports de forces et bâtir un contrepoids au niveau international comme au niveau européen. Un contrepoids n’est pas forcément hostile - voir l’euro -, mais il change la donne en posant des bornes.

Y a-t-il un contrepoids possible, non conflictuel, à la puissance américaine?

Le système multilatéral actuel des Nations Unies ne constitue pas en tant que tel un contrepoids. Trop de disproportions entre l’hyper- et les «hypo»-puissances, les puissances et les pseudo-Etats, trop de failles et de travers flagrants aux Nations Unies qui, du coup, ne peuvent pas être un cadre contraignant. Dans l’affaire irakienne, les Etats-Unis auraient apprécié l’approbation du Conseil de Sécurité. Mais s’affranchir de l’ONU n’entraînait pas pour eux de conséquences graves, d’autant que le reste du monde leur sera reconnaissant au premier signe de courtoisie qu’ils montreront envers l’organisation. Il est insuffisant d’opposer les grands principes multilatéraux au fait accompli washingtonien, tant est aisée la réplique sur l’impuissance des Nations Unies. Pourtant, il n’y a pas de solution de rechange à un système multilatéral crédible. C’est pourquoi tous ceux qui ne se résignent pas au cours actuel des relations internationales auraient plus d’influence en ne s’enfermant pas dans la défense du statu quo et en se mettant d’accord sur une réforme de l’ONU qui comprendrait: un élargissement du Conseil de Sécurité à l’Inde, à l’Allemagne, au Japon et à trois autres grands pays (arabe, africain et latino-américain); une confirmation du droit de veto assorti de l’engagement de ne pas l’employer en cas d’intervention au titre du Chapitre VII, qu’il faudrait rendre possible au bénéfice de populations en danger, ce qui reviendrait à un élargissement encadré du droit d’ingérence; une actualisation de la procédure de gestion internationale des Etats faillis, laquelle se développe de facto. Ces idées pour une Charte de l’ONU réformée seraient dans un premier temps rejetées par les Etats-Unis et par d’autres, mais elles auraient un grand retentissement dans le monde et progresseraient. Le compromis entre l’Empire et le reste du monde s’imposera. Préparons-le.

Il faudrait en profiter pour dissiper une ambiguïté. On commence à entendre dire que l’ONU n’est pas crédible parce qu’y voisinent des démocraties et des dictatures, et qu’il est par exemple absurde, voire scandaleux que la Commission des Droits de l’homme soit en ce moment présidée par la Libye. Mais alors, cela signifie-t-il que les Etats non-démocratiques ne devraient pas faire partie de l’ONU? On voit que deux conceptions s’affrontent: celle d’une organisation des Etats du monde, et de celle d’un regroupement des démocraties. Les Occidentaux ne s’étaient pas sentis assez forts auparavant, pendant la guerre froide, pour oser cette exigence. Pour ma part, j’estime qu’une organisation regroupant tous les Etats du monde sans exception est une nécessité, et que la paix et la sécurité internationales perdraient beaucoup à ce que cette enceinte n’existe pas. Mais il est absurde qu’il n’y ait pas de critères démocratiques pour faire partie de la Commission des Droits de l’homme de l’ONU quand il y en a tant - les critères de Copenhague - pour entrer dans l’Union Européenne, et quand il est tant de préalables économiques et commerciaux à remplir avant de pouvoir adhérer à l’OMC. Or l’entrée dans l’ONU ne garantit pas le respect de sa Charte! L’incitation à la démocratie devrait inspirer l’action de tous les organes des Nations Unies; d’ici là, il faudrait établir des critères pour être éligible au sein de cette commission des droits de l’Homme, et, si cela se révèle impossible, la supprimer, ce qui serait moins hypocrite. En tout cas, l’encouragement à la démocratisation ne doit pas se faire au détriment de l’existence d’une enceinte universelle.

La question du monde multipolaire est différente. Cette expression, «monde multipolaire», plaît aux Français car ils y voient la promesse d’un rééquilibrage du monde unipolaire américain. C’est pour la raison inverse qu’après y avoir été longtemps indifférents, les Etats-Unis, par la voix de Condoleeza Rice, critiquent maintenant cette idée. Le président Chirac déclare le monde multipolaire inéluctable – il dit parfois qu’il existe déjà – et souhaitable, et affirme que l’Europe devrait en être l’un des pôles. Tony Blair ne l’estime ni inéluctable ni souhaitable, et pense en tout cas qu’il serait dangereux que le monde occidental se divise en deux pôles distincts, Etats-Unis et Europe. Sans doute craint-il que les pôles non occidentaux se liguent contre l’Occident? On voit que le débat sur le monde multipolaire soulève d’autres problèmes que celui des règles qui sont censées régir, au sein des Nations «Unies», les relations entre les deux cent Etats-membres. Ce débat sur la multipolarité peut paraître artificiel. Il peut sembler vain de prétendre organiser et enfermer dans des formules l’évolution en réalité incontrôlable d’aussi grandes forces géopolitiques. Ceux qui aspirent à recoller d’urgence et à n’importe quel prix les morceaux entre les deux rives de l’Atlantique appréhendent cette controverse potentiellement conflictuelle sur le ou les pôles occidentaux. Pourtant, ce n’est pas la même chose de travailler à ce qu’il n’y ait qu’un seul pôle occidental, donc évidemment sous l’autorité des Etats-Unis, et à ce qu’il y ait un pôle américain et un pôle européen, partenaires mais autonomes. Par ailleurs, rien ne prouve qu’un monde multipolaire serait automatiquement stable et équilibré. Si les dirigeants des pôles ne pratiquent pas une sage Realpolitik d’équilibre et de coopération, il peut se révéler instable et conflictuel, et certains pôles pourraient se liguer contre d’autres. Et quelle serait l’articulation de l’ONU avec le système multipolaire réformé? Elle n’est pas évidente, sauf si, bien sûr, ces «pôles» de demain coïncidaient avec les membres du Conseil de Sécurité élargi de l’ONU.

Ces spéculations sur le monde multipolaire ne devraient pas occulter ce qui me semble être une des plus graves hypothèques à peser sur la constitution d’une vraie communauté internationale: l’antagonisme séculaire, toujours vivace, entre l’Islam et l’Occident. Antagonisme nié par ceux qui ont peur de l’attiser en le nommant. Je fais au contraire partie de ceux qui pensent qu’on ne surmontera pas cet antagonisme et qu’on n’empêchera pas qu’il dégénère en clash en le niant. Il doit être reconnu, et ses causes profondes traitées politiquement, culturellement et économiquement, jusqu’à ce qu’il soit résorbé. Les réformes de l’ONU, les schémas multipolaires n’y parviendront pas à eux seuls. Il y faudra un compromis, car les Occidentaux ne parviendront pas à imposer purement et simplement leur loi au monde entier. A un moment ou à un autre, ils devront se montrer fraternels.

J’en viens à l’Europe. Veut-elle, peut-elle devenir un des pôles du monde multipolaire, un des éléments clefs du système multilatéral rénové? La nouvelle politique américaine a fait tomber les masques et confirmé ou révélé, à la surprise de beaucoup de Français, que les Européens ne rêvaient pas tous à une Europe-puissance. Par atlantisme: ne pas concurrencer stérilement la puissance américaine. Par pacifisme et refus de la notion même de puissance, supposée avoir été abjurée par les Européens depuis 1945. Par crainte d’un condominium Paris-Berlin, ou Paris-Londres-Berlin. Les manifestants européens du printemps 2003 criaient leur phobie de la force, et de la force américaine, plus qu’ils ne réclamaient une Europe-puissance. De surcroît, les pays européens qui acceptent l’idée d’une Europe-puissance divergent quant à ses relations avec les Etats-Unis. Ces divergences n’avaient pas empêché de réaliser le Marché commun, puis le Grand Marché, et, après Maastricht, on les avait crues surmontées par les mécanismes de la Politique Etrangère et de Sécurité Commune, la PESC. Il n’en n’était rien.

Comment dépasser ces divergences et réaliser une synthèse ambitieuse? Beaucoup d’Européens militants affirment depuis des années avec une impatience grandissante que, pour dépasser les «égoïsmes nationaux», il faut passer au vote à la majorité dans tous les domaines, y compris celui de la PESC. Curieusement, certains Français en attendent même l’affirmation d’une Europe-puissance!… Mais on n’impose pas à la majorité des idées minoritaires! Dans l’Europe à vingt-cinq – c’était presque déjà le cas à quinze –, ce sont des positions très différentes des nôtres qui l’emporteraient. Et la crise serait assurée: dans ces domaines très sensibles - la participation à une guerre, par exemple, - les minoritaires ne pourraient pas respecter les décisions majoritaires. Les différences de conception restent profondes et durables, et chaque nouvel élargissement impose de recommencer le travail d’harmonisation. C’est pourquoi il est sage que le projet de traité constitutionnel transmis par la Convention présidée par Valéry Giscard d’Estaing au Conseil européen et à la Conférence intergouvernementale ne propose pas pour le moment d’instaurer le vote à la majorité pour la politique étrangère et la défense. Valéry Giscard d’Estaing a obtenu l’accord des conventionnels sur le maximum d’améliorations constitutionnelles acceptables et ratifiables par les Vingt-cinq. Mais elles portent logiquement sur le fonctionnement des pouvoirs européens et leurs rapports entre eux. Le contenu de la politique étrangère ne découlera automatiquement ni du traité constitutionnel, ni de la création d’un poste de ministre européen des Affaires étrangères. Certains partisans de l’Europe politique espèrent qu’une harmonie des positions et des politiques finira par naître, par unification progressive, des petits pas, des réunions, des communiqués, de l’accord sur les principes généraux tels que la démocratie, les droits de l’homme, la prévention des conflits et l’aide au développement. Ils sont occupés à rafistoler l’Europe après la guerre en Irak et préfèrent la méthode Coué - encore elle! - au grand déballage.

Je ne crois pas que cela suffira. Nous avons été au bout de ces méthodes. Pour surmonter nos divergences persistantes, il ne faut pas les nier. Il faut au contraire qu’il y ait une véritable explication entre Européens, et en premier lieu entre Français, Britanniques et Allemands, sur ce que doit être l’Europe dans le monde, et sur ce qu’elle doit faire. Notre conception de l’Europe-puissance est contestée? Discutons-en. Montrons aux atlantistes qu’elle pourrait assainir notre relation avec les Etats-Unis; aux pacifistes, que le refus de la puissance, c’est le risque de l’impuissance et de la dépendance, et que la puissance peut être mise au service du droit international, qu’une Europe forte serait utile au monde. Prenons le temps nécessaire, mais bâtissons, grâce aux leviers d’influence que nous avons conservés, une audacieuse synthèse historique, séduisante pour tous les Européens. C’est possible.

Si j’ai voulu, au cours de ces années, en dépit de l’optimisme de commande qui prédominait et d’un moralisme qui ne s’attaque pas aux causes, avertir, éveiller, mettre en garde contre les faux–semblants, c’est pour aiguiser nos analyses et affermir notre action. Je pense depuis longtemps que la France - la France qui n’aime vraiment ni ce que le monde devient, ni ce qu’elle y devient, et qui, de ce fait, a tendance soit à rêver éveillée, soit à maugréer, soit à se décourager - doit s’adapter tout en restant elle-même. C’est en regardant en face les réalités du monde et les siennes qu’elle retrouvera son influence. Je dis bien: influence, et pas seulement estime ou popularité. Elle doit se désenivrer d’elle-même sans tomber - pour ne pas tomber - dans la mélancolie, l’autodépréciation, voire le rejet de soi comme c’est le cas de quelques européistes ou mondialistes. Quoi qu’il advienne de l’Amérique, que nous espérons plus sage que folle, de l’Europe, que nous voulons ouverte, exemplaire et rayonnante, du monde - rendons le et gardons le vivable pour l’humanité d’aujourd’hui et de demain -, la France devra réapprendre à s’aimer. L’exercice de cette clairvoyance requiert de trouver le ton juste et le point d’équilibre. C’est ce que j’ai tenté de faire dans les interventions, discours ou articles des années 1995-2003 qui composent ce volume. Au lecteur d’apprécier dans quelle mesure j’y suis parvenu.


Hubert Védrine
31 juillet 2003

  Edition chinoise

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EDITIONS CENTURY

Les éditions Century de Shanghaï ont souhaité traduire et publier
en chinois le recueil de textes publié par Hubert Védrine chez
Fayard sous le titre «Face à l’hyperpuissance».
A cette occasion, ils ont demandé à Hubert Védrine de rédiger en
plus un texte inédit sur la question chinoise vue de la France.

Pour toute demande de rendez-vous, contactez le bureau de Monsieur Védrine à l'adresse suivante : bureau.hv(at)hvconseil.com