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«Pour une francophonie décomplexée et ambitieuse».

France culture, 9 avril


En effet, malgré l’accord-cadre sur le nucléaire iranien, très important, je voudrais parler francophonie ce matin, même si la semaine de la francophonie est passée depuis plusieurs semaines. Parce que l’avenir de notre langue, ce n’est pas important seulement une semaine par an!
C’est un enjeu vital, et la situation ne se présente pas très bien.
C’est vital, parce que notre langue française est un trésor, élaboré et enrichi au fil des siècles, qu’elle est devenue une des grandes langues mondiales de culture, de civilisation et d’échanges; que notre identité profonde, qu’on voulait chercher on ne sait où, au prix de controverses sans fin, se trouve d’abord là. Et que l’affrontement mondial entre l’uniformisation, ou au contraire, la diversité culturelle et linguistique, bat son plein.
Oui, quoi qu’en pensent les ricaneurs ou ceux qui s’en moquent, notre langue est menacée, et les réponses à ces périls ne sont pas forcément les bonnes.
D’abord elle est littéralement envahie par des hordes de mots anglo-américains, par ce que l’on appelle le globish, une sorte de sous-américain d’aéroport qui s’éloigne d’ailleurs chaque jour du vrai anglais, au grand dam des britanniques. Dans le monde économique, en particulier dans ce que l’on appelle le langage «corporate» c’est à dire de l’entreprise, c’est devenu caricatural, voire grotesque, mondialisation oblige, paraît-il!
C’est vrai aussi dans la com, dans les medias, etc. Il y a des cas où ces mots apportent quelque chose en plus mais le plus souvent, ils sont repris par complexe et par paresse.
En réaction a cette invasion, les défenseurs intégristes de la langue française se sont arcboutés depuis longtemps en priorité, sur un mode pathétique, contre cette invasion de mots.
Or, il y a eu, au fil du temps, beaucoup de mots étrangers introduits dans la langue française. Par exemple, à la renaissance, des milliers de mots italiens. Comme il y a eu, a l’origine, des milliers de mots français dans la langue anglaise, dont certains nous sont revenus après comme : budget, de bougeotte; flirter, de conter fleurette, etc. Mais pendant longtemps on avait gardé la force de franciser ces mots, violone devenant violon.
Ce qui est grave aujourd’hui, c’est que par oubli des racines de notre langue, on a largement perdu cette capacité, mis à part «ordinateur» ou «logiciel», courriel, on verra. Maintenant, c’est le sens de la langue, sa structure même, sa syntaxe, son logiciel on pourrait dire, qui sont atteints, et cela au moment même ou le français appauvri du 20 heures et son vocabulaire restreint s’impose comme langue de tous les jours ce qui s’ajoute aux tics de langage, aux formules creuses et mécaniques. Même dans l’administration, on entend pousser un message, comme dans «to push»; circuler un draft, au lieu de faire circuler un projet, impacter, initier, decimer au lieu d’exterminer, chez les jeunes, rendez-vous, en anglais est remplacé par «date» en français, positive attitude, invertion à l’anglaise. Ce ne sont que quelques exemples. C’est du modernisme pour sous-développés!
Il ne faut pas s’y résigner.
Malheureusement, voilà, les élites économiques françaises trouvent, par snobisme et pseudo utilitarisme, ce combat ridicule et dépassé, Abdou Diouf regrettait d’ailleurs que les français soient parmi les francophones, les plus indifférents au sort du français! Les québécois, les africains qui prennent le sujet plus au sérieux, en savent quelque chose!
Dans les institutions européennes, malgré nos efforts, le français a perdu un peu plus de terrain à chaque élargissement. Bien sûr, il y a l’OIF, l’organisation internationale de la francophonie qui regroupe 80 pays, en principe francophones, et fait de son mieux. Une petite ONU. Mais cette institution multilatérale assez couteuse se passionne surtout pour les actions politiques, économiques, sociétales entre francophones, et toutes les bonnes causes du moment.
Attention à ne pas oublier le socle : la francophonie linguistique. Cela a l’air tout bête, mais c’est le préalable. Il faut que des centaines de millions de gens dans le monde aient toujours envie, besoin, et les moyens d’apprendre le français. Sinon, comme le disait Jacques Attali dans un rapport récent très lucide sur la francophonie et la francophilie, ce ne sont pas 800 millions de gens qui parleront français en 2050 mais au grand maximum 200 millions!
Ce combat pour la diversité linguistique est tout sauf ringard. C’est ce que pensent les hispanophones, ou les chinois, entre autres, beaucoup plus offensifs.
Nous n’avons donc pas besoin d’une francophonie grincheuse, ni peureuse, ni bureaucratique, mais d’une francophonie décomplexée, vivante, créatrice et ambitieuse!
Il faudrait que les français en soient les premiers convaincus!

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