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«Poutine doit sortir de l’ambiguïté»

JDD 20 juillet 2014

Interview de François Clemenceau



Quelles conséquences tirez-vous de la tragédie du vol MH17, abattu au-dessus de l’Ukraine?

Une escalade sous la pire des formes me paraît désormais improbable. Je pense que cette épouvantable «bavure» des séparatistes, si c’est le cas, condamne leur combat et que Poutine, en dépit des dénégations, va devoir sortir de l’ambiguïté et cesser de les soutenir, ou même les désavouer. Ce qui vient de se passer donne une légitimité encore plus grande aux autorités de Kiev pour rétablir leur souveraineté avec un soutien accru des Occidentaux, sans que la Russie puisse s’y opposer. C’est ce qu’indique la fermeté d’Obama dans sa mise en cause des responsabilités russes.

Barack Obama n’a pas rendu Poutine directement responsable de ce qui s’est passé, mais il a clairement pointé du doigt l’implication du Kremlin dans le soutien russe aux séparatistes…

Depuis le début de l’affaire ukrainienne, Obama a saisi l’occasion de se refaire une image de fermeté alors qu’il était jugé de plus en plus faible et inconstant, par exemple sur la Syrie. Cela s’explique par l’importance prioritaire pour lui d’un éventuel accord sur le nucléaire avec l’Iran qui aura, s’il est signé, des conséquences considérables. Mais pour cela, il aura besoin de convaincre le Congrès, largement aligné sur Netanyahou. Pour y arriver donc, il faudra qu’il ait démontré sa fermeté dans une grande crise. Pour lui, les provocations de Poutine tombent à pic, d’autant plus que l’escalade dans les sanctions contre la Russie ne présente aucun inconvénient économique pour les Etats-Unis.

L’Europe, justement, a une fois de plus sanctionné la Russie cette semaine, mais moins fortement que les Etats-Unis…

Pour les Européens, c’est plus compliqué depuis le début, puisque ceux qui voient la Russie comme un fournisseur de gaz et ceux qui continuent de voir la Russie comme une menace ont raison les uns et les autres. D’où les embarras européens depuis le début. En dépit de cette tragédie épouvantable, l’Europe doit certes critiquer, condamner ou dissuader Poutine plus efficacement. Mais, même dans ces circonstances, il faut avoir envers la Russie une politique plus intelligente que celle des Occidentaux depuis vingt ans. On pourrait l’appeler «politique d’engagement critique mais constructif». Je crois comprendre que c’est ce que François Hollande essaie de faire, avec Angela Merkel, depuis le 6 juin. Il faut persévérer, d’autant que Poutine est maintenant sur la défensive.

En admettant que les choses se calment désormais parce qu’on vient de franchir une limite, comment les autorités ukrainiennes doivent-elles régir face aux séparatistes et à la Russie?

Il revient maintenant à Kiev d’être intelligent pour deux. Naturellement, cet événement doit leur permettre de rétablir, y compris militairement, leur intégrité territoriale. Mais il devraient malgré tout rechercher un dialogue avec la Russie et absolument garantir, sous une forme à trouver, des droits pour les minorités russophones. Sinon, ce sera le pourrissement.

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