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L’Europe en 2040?

Europe’s world - octobre 2013


L’Europe en 2040? Si l’on croit la plupart des extrapolations des tendances actuelles l’Europe représentera une part moindre de la population (10,6% de la population mondiale en 2011*) de l’économie (30,4% du PIB mondial pour l’Union Européenne des 27 en 2008*) et probablement de la puissance militaire mondiales. Est-ce à dire que l’Europe sera si affaiblie qu’elle sera passée sous l’influence, voire la domination, des puissances majeures du moment?
Il n’y a pas de fatalité. Ce n’est pas si simple et cela dépendra autant de l’évolution du monde que de l’évolution de l’Europe elle-même.
En ce qui concerne le monde on peut faire le pari que l’économie de marché sera restée la norme, toujours globale (difficile de l’en retrancher) et qu’il n’y aura pas eu de retour général au protectionnisme, mais qu’elle sera sans doute plus régulée (normes commerciales et financières, mais aussi peut-être sociales et fiscales) et qu’elle comportera des éléments de protection de certains pays ou certains ensembles.
Il est difficile de dire jusqu’où aura été l’écologisation (de l’agriculture, de l’industrie, des transports, de la construction, de l’énergie, etc.). Sans doute très loin, sous le coup de l’angoisse et des drames, indépendamment même de la question du changement climatique, mais aussi des incitations, des règlementations et des percées scientifiques. Le degré d’écologisation des économies sera devenu un élément de la compétitivité générale.
L’Europe n’est pas mal placée à cet égard, mais il se peut qu’elle ait été devancée, à sa grande stupeur, par des pays émergents. On ne parlera d’ailleurs plus depuis longtemps de pays émergents, mais émergés (sauf ceux qui se seront effondrés, modèle Argentine années 30) ou alors de pays stagnants. La Russie sera toujours un cas à part. Mais le clivage pays développés/émergents aura été dépassé au profit de pays compétitifs (anciens développés, ou émergés) contre pays décrochés (idem).

Sur le plan géopolitique, il y a beaucoup d’hypothèses:
1) Les États-Unis se sont redressés dans les années 2010/2020 alors que l’Europe a stagné. Décrochage intra-atlantique.
2) Les Etats-Unis et l’Europe (après la crise des années 2010) se sont redressés ensemble. Renouveau atlantique.
3) Les Etats-Unis et l’Europe ont perdu du terrain ensemble. Selon le rapport CIA, Monde 2030, la part des Occidentaux dans l’économie mondiale va passer de 56% à 25 % 2030. Décrochage atlantique.
4) Les Etats-Unis déclinent, l’Europe se redresse. Très théorique.
5) les Etats-Unis et la Chine forment un G2, sans l’Europe.
6) Les Etats-Unis, la Chine et l’UE forment un G3 qui équilibre les BRICS .La Chine est le pivot de ce monde tripolaire (mais elle peut être déstabilisée par un gigantesque processus de démocratisation)…
7) L’UE a réussi à préserver et accroître son poids dans le monde par une alliance stratégique avec la Russie; ou par un partenariat euro-méditerranéen enfin concrétisé avec la Turquie, et avec une rive sud finalement démocratique après des drames à répétition; et aussi avec l’Afrique.
8) Un système multipolaire élargi à 12/15 pôles (Etats-Unis, Chine, Japon, Russie, Europe, Inde, Brésil, Mexique, alliance du Pacifique, ASEAN, Afrique du Sud, Nigeria), système compétitif et partenariat, instable et mouvant.
9) Les hypothèses chaotiques: le méga bug informatique et du magma de réseaux dont dépend notre vie. L’implosion démographico/écologique.

Les hypothèses les meilleures pour l’Europe seraient les hypothèses 2,5,6,7.
Pour ne pas décliner inexorablement, les européens auront été obligés de trancher d’ici là :
1) La question des relations de la zone euro (renforcée, plus intégrée, mais pas vraiment «fédérale» au sens strict du terme, conception qui continuera de se heurter aux réticences des populations) et avec l’UE à 28 (30, 35?), dans laquelle la Grande Bretagne sera sans doute restée, et où la Turquie sera peut-être entrée.
2) Le degré exact, durable et stable, de transfert ou, plus probablement, d’exercice en commun de la souveraineté au niveau européen, accepté par les populations.
3) Jusqu’où faudra-t-il poursuivre l’élargissement? Cette question aura été rendue moins insoluble par la distinction plus nette entre Union à 28 et zone euro.
Bien sûr, on ne peut pas exclure que rien ne soit réglé, que les «élites» s’acharnent à vouloir «plus d’Europe» même si les peuples en veulent moins, ou pas plus, ou autrement; que l’ «Europe» continue à aller de crise en crise sans s’effondrer ni se désagréger, mais sans réussir à se donner une trame institutionnelle stable viable et efficace, ni des limites admises et fixes.
Pour éviter cela il faudrait que les élites proposent aux peuples la seule chose qui puisse les réconcilier avec elles : arrêter de réglementer dans un détail absurde pour les normaliser et de leur retirer ce qui leur reste de souveraineté; faire servir le système européen dans son ensemble à la défense des intérêts des européens dans la compétition générale, ce qui se jouera dans toutes les grandes négociations multilatérales en 2010/2020.

Hubert Védrine


* Source : INSEE

Pour toute demande de rendez-vous, contactez le bureau de Monsieur Védrine à l'adresse suivante : bureau.hv(at)hvconseil.com