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Chine = Allemagne?

Le Nouvel Obs - 26 janvier 2012

Dans «Mourir pour le yuan» que Hubert Védrine analyse pour le Nouvel Obs du 26 janvier 2012, Jean-Michel Quatrepoint appelle à une autre politique face à la Chine et plus encore face à l’Allemagne.


Les réactions frontalement apposées de certains responsables politiques français, et des blogueurs chinois, à l’hypothèse de l’entrée de Pékin dans le Fond de soutien européen, avaient souligné de façon spectaculaire à l’automne, les contradictions de l’interdépendance économique globale, et donc l’actualité brûlante du dernier livre de Jean-Michel Quatrepoint: «Mourir pour le yuan»(1). Heureusement on n’en est pas là, et encore moins à ce qu’évoque le sous titre trop racoleur
– «Comment éviter une guerre mondiale» – sauf si on parle de celle des monnaies, déjà en cours. Si Jean-Michel Quatrepoint,qui s’est fait connaître par des essais vigoureux démontrant sa résistance aux fables modernes sur la mondialisation heureuse, la ringardise de l’industrie, ou l’Europe par le dépassement des nations, consacre, aujourd’hui, un nouvel ouvrage à la mutation du monde et à la «revanche de la Chine», c’est en fait pour nous parler de l’Allemagne et en, définitive de nous. Sur la Chine, il n’y va pas par quatre chemins; selon lui : elle veut «acheter le monde» pour effacer le siècle de l’humiliation (celui des traités inégaux), «elle veut, à terme, que le yuan prenne la place du dollar.» (Cf. l’accord Chine- Japon). Dans l’immédiat, «elle va appliquer à la vieille Europe le même traitement qu’à l’Afrique» en s’intéressant pour commencer à l’Est de l’Europe, à la Grèce, aux infrastructures. En aidant l’Europe, qui est son premier marché extérieur, à la faveur de la crise des dettes souveraines, elle veut fissurer le front anti yuan, mais aussi éviter l’éclatement de la zone euro et les dévaluations en chaîne qui la gênerait… Logique. Jean-Michel Quatrepointvoit la Chine pousser les émergents à changer les actuelles règles du jeu mondial, «biaisées» et vouloir même, in fine, supplanter «la» référence mondiale depuis trois siècle: les Lumières, lesquelles sont, il faut reconnaître, assez mal en point (irrationalité des sociétés modernes, défiance envers le progrès).
S’il parle de «déception Obama» et des valses hésitations de la Maison Blanche, c’est rapidement et sans trop de surprise, tant il décrit un système américain paralysé par l’endettement (dette totale: 280% du PIB), et rongé par les lobbies.

Mais le sujet de Jean-Michel Quatrepoint, c’est l’Europe, et la France. Pour lui, alors que ce contexte international exigerait la mobilisation générale, au contraire des britanniques, des allemands et des petits pays qui défendent «férocement» leurs intérêts, «la France a lâché la proie pour l’ombre. Son mirage européen lui coûte cher. Non seulement l’Europe ne s’est pas muée en Europe puissance, mais les vues françaises y sont devenues largement minoritaires.L’Allemagne a une stratégie. Tout comme la Chine. Et elles se ressemblent». C’est une stratégie industrielle mercantiliste, ancienne, égoïste, et efficace – à condition que les autres ne la pratiquent pas en même temps. En réaction, face à la crise dont l’enjeu est le sauvetage, ou non, des classes moyennes occidentales, l’auteur préconise pour la France une réindustrialisation, une stratégie mercantiliste (mais la France le peut-elle?), une réforme fiscale et l’utilisation de l’immense épargne des français (3320 milliard d’euros) pour desserrer l’étau des marchés et des agences en créant, malgré Bercy et les banques, un emprunt national (OAT) à 4,5% sur 30 ans, voire perpétuel, des sortes de «bons d’épargne» souscrits directement par les épargnants (il rappelle que la France aura besoin en 2012 de 200 milliards d’euros). Résoudre cette «question française» passe par une approche plus lucide et décomplexée de la «question allemande». Et même pour l’Europe, à l’heure de vérité, qui est proche, le passage organisé à une monnaie non plus unique mais commune, avec un serpent monétaire à trois niveaux.

Aberrantes, irréalistes, ces idéesproches de celle que défendait Jean-Pierre Chevènement, et auxquelles font écho certaines de celles d’Arnaud Montebourg? Surtout la dernière? Dépassées par l’accord du 9 décembre sur l’organisation, enfin trouvée, de la solidarité financière intra zone euro – et au-delà – et le nouveau traité en gestation? Ce n’est pas sûr. Vu les échéances d’emprunt qui attendent la zone euro en 2012, et tant que la BCE n’a pas changé plus radicalement encore son approche, aucun tabou ne doit inhiber la réflexion et la recherche de solutions viables pour l’avenir de l’euro et de l’Europe.




(1) François Bourin, éditeur.

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