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Préface d’Hubert Védrine au livre «Après Bush; Pourquoi l’Amérique ne changera pas» de Yannick Mireur

Editions Choiseul, Août 2008

Les États-Unis restent si peu connus ou plutôt si méconnus, même après les controverses passionnées provoquées par la politique étrangère de l’administration Bush et en dépit de l’intérêt sans précédent que suscite l’actuelle campagne électorale, qu’il faut saluer un livre qui entend fournir des éléments sérieux pour comprendre ce grand pays. Surtout quand, comme celui de Yannick Mireur, fondateur de la revue Politique Américaine, au lieu de rester à la surface des choses ou de réagir aux événements les plus récents, il entreprend de restituer dans sa densité la richesse et la complexité de l’histoire américaine y compris celle de ses idées politiques.


À la veille de l’élection de 2008, les États-Unis ne sont plus tout à fait aux yeux du monde «l’hyperpuissance» que j’avais décrite en 1997-1998. Elle est apparue vulnérable le 11 septembre 2001. Elle s’est fourvoyée en Irak. Sa politique de transformation démocratique au Moyen-Orient échoue. Elle n’en reste pas moins la plus grande puissance de tous les temps. Elle n’est pas à la veille d’être supplantée dans ce rôle par la Chine, même si celle-ci, par sa masse démographique et économique et son haut niveau de croissance, va faire statistiquement jeu égal vers 2030. Les États-Unis perdront (et les Occidentaux avec eux), dans ce monde multipolaire concurrentiel en formation instable sous nos yeux, le monopole de la puissance qu’ils détenaient depuis le XVIe siècle, mais ils garderont une puissance et une influence centrales et considérables. D’où l’intérêt de mieux comprendre ce qui se passe en profondeur dans ce pays essentiel dont la France est l’alliée. Nous avons d’ailleurs besoin de faire un effort de compréhension accru au sujet de toutes les autres puissances du monde, émergentes ou réémergentes.


Il est en particulier très utile de remettre en perspective les courants de pensées américains, l’idéalisme comme le réalisme, le jacksonisme, le wilsonisme, le progressisme; de se remémorer l’influence des deux Roosevelt; de mesurer l’importance de la veine conservatrice, de la religiosité, de la droite religieuse («le danger yankee»); de comprendre la volonté de diriger la mondialisation mais aussi le malaise paradoxal que ressentent les Américains dans la globalisation, comme les autres peuples occidentaux; d’estimer les poids respectifs de l’isolationnisme et du prosélytisme. Yannick Mireur a raison de souligner que ces courants n’exercent jamais seuls le pouvoir, qu’ils s’opposent mais se combinent aussi et que les administrations américaines successives empruntent aux uns et aux autres dans des proportions variées. Cela se voit en particulier dans la relation de l’Amérique avec le monde, avec «the rest».


Est-ce à dire que «l’Amérique ne changera pas…»? Il y aurait là un pas à franchir, ce que l’auteur ne fait pas expressément. Sauf à rappeler, de façon optimiste, mais à juste titre que l’Amérique, plus compliquée et plus nuancée qu’on ne le croit, se restabilise en général autour d’un centre – centre droit, centre gauche – assez rationnel.



Il peut arriver cependant que l’Amérique sorte de ses gonds. C’est ce qui vient d’arriver pendant huit ans («les années W.»), en tout cas pour une part essentielle de sa politique étrangère, celle qui a concerné l’ensemble du monde arabo-islamique. Même si, comme je l’ai déjà écrit, au regard de l’idée que se font les Américains de leur rôle dans le monde, George W Bush aura plutôt été une caricature qu’une aberration.

Quoiqu’il en soit, on ne peut que souhaiter que l’Amérique redevienne elle-même: un pays dont on peut désapprouver la politique mais dont le projet parle au monde. À cet égard, presque tous les pays du monde espèrent un changement de la politique étrangère politique étrangère américaine. 2009 est pour les partenaires, amis et alliés des États-Unis, un moment à ne pas manquer.




Hubert Védrine

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