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Réponse d’Hubert Védrine dans Le Point du 20/09/2007 à l’article de Nicolas Baverez sur le rapport au Président sur la mondialisation

Le Point du 20 septembre 2007

Réponse à l’article: «Du bon usage de la mondialisation», paru dans Le Point le 13 septembre 2007

J’ai été franchement… étonné en lisant l’article consacré par Nicolas Baverez – que je lis en général avec intérêt – sur le rapport que j’ai remis au Président Sarkozy sur la France dans la mondialisation. Qui peut croire que je préconise une politique qui «se dissout dans un relativisme intégral qui nie les principes fondateurs de l’identité de la France»? Et que je renie «les valeurs de la liberté, de l’égalité, et de la fraternité»! Excusez du peu! Autres remarques biaisées: la politique étrangère que je préconise se réclamerait du «seul principe de l’indépendance nationale» (le mot n’est pas dans le rapport), d’une «conception étroitement nationale» de la politique étrangère, et ignorerait la fin du «monopole» des États. De plus, je sous-estimerais «les menaces dont les nations libres font l’objet» etc... C’est à croire que Nicolas Baverez ne m’a pas lu. Le rapport étant public, les lecteurs jugeront.

Cette réaction outrancière s’explique peut-être par le fait que je malmène dans mon rapport un dogme moderne et que je rends explicite une réorientation de la politique étrangère française encouragée jusqu’ici par certains courants de pensée de façon masquée, au nom de la «modernisation» de notre diplomatie.

Le dogme est celui de l’obsolescence des États et des États nations. Je ne la juge ni inéluctable, ni souhaitable. Bien sûr, il faut des États réformés, modernes, démocratiques, qui coopèrent entre eux. Mais continuer à croire que nous allons nous en remettre, à la place d’États dépassés, à la «Communauté internationale», à l»O.N.U.», à «l’Europe» est inexact et démoralisants. Ces entités supérieures n’existent pas indépendamment de nous. C’est toujours nous qui agissons dans ces cadres, ou à ces niveaux.

Je le dis d’autant plus que je pronostique que l’intégration européenne se stabilisera au stade du traité simplifié et que la construction se poursuivra par projets nouveaux.

L’explicitation porte sur la réorientation atlantiste de notre politique étrangère. Je l’examine et conclus que nous n’aurions intérêt à revenir que dans une OTAN vraiment réformée, avec un pilier européen.

D’autre part, je mets en garde contre une dérive «occidentaliste». L’occidentalisme n’est pas l’occident, pas plus que l’Islamisme n’est l’Islam. Certes, les occidentaux ne sont que 1 milliard sur 6 milliards et demi d’habitants. Certes, les occidentaux doivent préserver leurs intérêts et leurs valeurs et cela fait des années que je m’inquiète de leur irréalisme. Mais on peut le faire intelligemment, en utilisant tous nos leviers de puissance et d’influence, en jouant des divisions entre les autres pôles, en faisant de l’Europe une puissance régulatrice. A l’inverse, on peut aussi nous laisser entraîner dans une «Sainte alliance» occidentale vouée à affronter les autres pôles du monde, sous la direction incertaine de l’administration américaine du moment. Cette tentation existe. Je la crois dangereuse. Il y a d’autres politiques possibles.

Le Président Sarkozy à l’immense mérite de solliciter des avis indépendants sur ces grands sujets et de vouloir qu’ils soient publics. Cela permet un débat clair entre des options bien différentes. Cette controverse, dans le bons sens du terme, doit pouvoir être menée sans caricature.




Hubert VEDRINE

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