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«Tendre la main à l’islam modéré»

Croire Aujourd’hui - Du 1 au 20 décembre 2006

[/b]Article d’Hubert Védrine dans le bimensuel Croire Aujourd’hui[b]


Le thème de la démocratisation du monde arabe a été mis en avant par l’administration Bush. Cette théorie remonte en fait aux années 1970 et c’est aussi celle du Likoud, le parti de la droite israélienne. Elle consiste à dire: il n’y a pas de problème palestinien mais un problème arabe, et ce sont ces pays qu’il faut transformer. On va les rendre démocratiques et quand ils seront démocratiques, ils seront pro-occidentaux et donc pro-israéliens. Cela découle d’une volonté de nier la question palestinienne. En plus, je ne crois pas que la démocratisation du monde arabe puisse être imposée. J’imagine une sorte de contrat entre les Américains, les Européens et les modernisateurs du monde arabe. Je suis convaincu qu’il y a, au sein de l’islam, un énorme bras de fer et que les modernisateurs l’emporteront à terme. La politique des Occidentaux ne devrait pas solidariser les musulmans modérés avec les extrémistes. Il faut au contraire isoler les fanatiques.

Compromis entre communautés
La culture démocratique ne se décrète pas. On le voit en Irak où les Etats-Unis sont tombés dans un piège colonial classique. Ils n’ont pas pensé la suite parce qu’ils ont, comme une partie des Européens, une conception irréaliste des processus de démocratisation. La difficulté est d’autant plus grande que l’Irak est un pays hétérogène, créé artificiellement après la première guerre mondiale. Pour maintenir un Etat unitaire, il fallait un compromis entre chiites, sunnites et kurdes que les Américain auraient dû imaginer ou imposer dès le début. Est-il encore possible aujourd’hui? Cela n’est pas exclu. A l’exception des Kurdes qui sont quasiment indépendant, les autres savent que l’aventure de la séparation est très risquée.

Tout dépend des Israéliens
Si on arrive à régler la question palestinienne, ce sera un revers terrible pour les terroristes. L’invocation du droit international, on le voit hélas, ne suffira pas. Le monde entier attend la confirmation d’Israël dans ses frontières de 1967 - à peu près - et la création d’un Etat palestinien à côté. Même Bush en a parlé! Le monde occidental, pour des raisons historiques et du fait de la Shoah, est incapable d’exercer des pressions utiles sur Israël. Ce qui compte, c’est donc ce que les Israéliens décident eux-mêmes. Or, les sondages le montrent, ils se résignent dans une grande majorité à un Etat palestinien. Il y a dix ans, Yitzhak Rabin (1) était arrivé à cette conclusion: un Etat, non pas conçu comme un cadeau offert aux Palestiniens mais dans l’intérêt même d’Israël, pour assurer sa sécurité et son intégrité religieuse, ethnique, identitaire. Il avait des formules admirables de justesse comme celle-ci: «Je lutterai contre le terrorisme comme s’il n’y avait pas de processus de paix et je poursuivrai le processus de paix comme s’il n’y avait pas de terrorisme». Cela voulait dire: «Je ne me laisserai pas dicter ma politique par les terroristes». Il a été courageux, il en est mort. Mais il avait raison.

Propos recueillis par Romain Mazenod

(1) Premier ministre israélien de 1992 à 1995, signataire des accords d’Oslo, assassiné par un extrémiste juif israélien le 4 novembre 1995.

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