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HUBERT VEDRINE: «LES OCCIDENTAUX VONT ETRE OBLIGES DE CONSIDERER LA CAPACITE DE NUISANCE DE L’IRAN»

Le Point - pages Monde - du 24 août 2006

Réaction d’Hubert Védrine sur la question libanaise et la force internationale sous mandat onusien


La France a-t-elle les moyens de diriger la FINUL au sud-Liban?
Elle a les moyens et la capacité mais encore faut-il le faire dans des conditions raisonnables pour appliquer la résolution 1701. D’où la nécessité de s’assurer la participation d’autres pays, européens et arabes. Je ne suis pas choqué que la France conditionne sa décision. Il faudrait aussi -alors qu’Israël parle de second round!- un réengagement politique de tous les protagonistes, d’Israël, des partis libanais dont le Hezbollah, et de la Syrie pour la 1701. Enfin il faut un mandat clair sur le terrain.





Les Etats-Unis auraient-ils pu jouer un rôle plus important?
Avec un alignement derrière le Likoud depuis 2001, Washington, désormais rejeté par les opinions et les gouvernements arabes, a perdu ses capacités d’acteur et de médiateur au Moyen-Orient. Et même de donner de bons conseils aux Israéliens. Kissinger, Carter ou Clinton auraient sans doute eu une autre stratégie. La Maison Blanche de Bush s’est liée les mains.





Toutes les solutions ont-elles été explorées?
Aucune des questions de fond n’est réglée. Le cas du Liban n’est qu’une résultante de la question israélo-arabe. Et tant qu’il n’y aura pas de solution fiable pour les Palestiniens, il existera des risques de conflit. Et tout le monde le sait! On connaît les solutions sans pouvoir les appliquer à cause des blocages de part et d’autre.





L’attitude du monde occidental va-t-elle changer vis-à-vis de l’Iran après la guerre au Liban?
Les Occidentaux vont être obligés de considérer la capacité de nuisance de l’Iran. La politique occidentale n’est pas habile. Elle est alignée sur celle des Etats-Unis, manichéenne, qui ramène tout à la lutte contre le terrorisme, et qui est contre-productive. Cette politique cristallise l’antagonisme musulman alors qu’il faudrait fragmenter la lutte contre l‘islam radical. Il s’agit de désamorcer la question libanaise, de traiter la question israélo-palestinienne, et de s’occuper du cas iranien à part. Alors que les Etats-Unis ne font que généraliser. Les Etats-Unis doivent reparler avec Téhéran. Parler ne veut pas dire s’envoyer des fleurs! Il faut une approche plus habile pour le nucléaire. Pendant la guerre froide, le monde occidental a bien traité avec l’URSS! C’est une erreur de s’enfermer dans des interdictions de dialoguer avec l’Iran comme avec le Hamas. La France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne pourraient faire bouger les Etats-Unis sur ce point.

Pour toute demande de rendez-vous, contactez le bureau de Monsieur Védrine à l'adresse suivante : bureau.hv(at)hvconseil.com